Défrisage intensif : simple effet de mode ou rejet du cheveu crépu ?

Le lissage et défrisage des cheveux crépus n’est pas sans conséquence. Risque de casse, de chute, chevelure à trous, etc., ces techniques de coiffure sont plutôt du genre agressif, alors pourquoi s’infliger ça au quotidien ? Est-ce pour coller à la mode des cheveux lisses, ou plutôt pour se fondre dans la masse et éviter de se confronter aux discriminations raciales ?

Les cheveux crépus, mal connus et souvent rejetés

Pour les femmes métisses, leur chevelure naturelle n’est pas souvent perçue comme une amie. Elles rêvent plutôt d’une longue crinière lisse et soyeuse comme les poupées qu’elles ont bercées enfants, ou les stars des magazines qui n’en finissent pas de changer de coiffure et qu’elles tentent d’imiter.

D’ailleurs, dans la rue, la très grande majorité des femmes afro porte soit une perruque ou des extensions, soit une coiffure archi lisse et des cheveux complètement dénaturés. Exit la chevelure naturelle et archi volumineuse portée fièrement dans les années 70 comme une fierté identitaire, désormais le cheveu afro naturel devient tabou et doit se faire discret.

La coupe afro mal perçue, mythe ou réalité ?

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Dans les années 70, avec l’émergence de nouveaux mouvements politiques et de la tendance baba cool, la coupe afro se démocratise et devient même un symbole. Mais quelques décennies plus tard, alors que les discriminations raciales se font plus discrètes, que la couleur de peau se fait oublier et que la France se métisse, porter ses cheveux afro au naturel devient gênant, et même tabou.

La preuve, même Michelle Obama (dont la réussite n’est plus à prouver) ne s’affiche jamais au naturel. C’est une coiffure toujours très lissée qui l’accompagne au quotidien. Quant à Angelina Jolie et sa fille adoptive Zahara, une sombre histoire de coiffure est venue entacher la presse en 2007. Des journalistes ont alors reproché à la jeune maman de ne pas savoir prendre soin de sa fille et de « lui donner une mauvaise image d’elle-même » en attachant sa crinière afro en une simple queue-de-cheval… De quoi donner à réfléchir sur l’image de la chevelure afro et/ou métisse au sein de la société, non ?

Pour ou contre les cheveux afro naturels, le débat qui fait rage

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C’est aux États-Unis que le phénomène a pris le plus d’ampleur, mais la France n’est pas loin derrière. Près de 90 % des femmes concernées dépensent plus de 200 euros par mois en produits de soins, passages chez le coiffeur, techniques de lissage, défrisage, extensions, etc. Elles commenceraient même à se lisser les cheveux dès les premières années de leur adolescence pour avoir les « bons cheveux ».

Dans certains quartiers américains, les petites filles métisses sont moquées et stigmatisées comme enfants défavorisées simplement parce qu’elles portent leurs cheveux au naturel. Quant à trouver un job, il semblerait que l’immense majorité des femmes concernées n’imaginent pas une seconde se présenter à un entretien avec leur coupe afro. Dans leur idée, c’est forcément une coupe de cheveux lisses qui pourra rendre possible une embauche.

Pire, certaines jeunes femmes en viennent à choisir un partenaire de vie blanc dans le seul but (conscient ou non) d’avoir un bébé avec les bons cheveux. D’autres commencent même à appliquer des produits défrisants sur leurs petites filles de quelques années à peine pour réussir à les coiffer comme les autres enfants de l’école.

Pourquoi le cheveu crépu a-t-il cette image négative qui lui colle à la peau ?

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Il faut remonter à l’époque de la colonisation et de l’esclavage pour en comprendre l’origine. Avec les enrôlements forcés et toutes ces personnes arrachées à leur pays, leur famille et à leur culture, ces centaines de milliers d’esclaves se sont vus privés de nombreux droits mais aussi du peigne africain. Ce dernier, sculpté dans du bois présentait pourtant de longues dents larges et espacées, très adapté et même indispensable aux chevelures crépues.

L’esclave, exploité dans les plantations, n’a ni le temps ni les bons outils pour prendre soin de lui. Les cheveux sont donc sales, emmêlés, et les parasites font vite leur apparition. Il les coupe ou les cache pour ne plus en avoir honte. D’un autre côté, les esclaves dits « domestiques » occupent leurs journées à prendre soin des longues chevelures lisses des femmes blanches dont ils dépendent. Leurs cheveux crépus sont alors associés à la misère et à leur condition d’esclave, tandis que ceux des femmes blanches deviennent leur nouveau critère de beauté.

C’est ainsi que commence cette quête continuelle des femmes noires pour lisser leurs cheveux. Ce sont d’ailleurs elles qui inventent les premières techniques de défrisage.

L’acceptation des cheveux crépus naturels fait son chemin

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C’est sans doute poussées par une tendance home made/écolo/éco responsable que de nombreuses femmes métisses se tournent désormais de plus en plus vers le naturel. En prenant garde aux compositions, ces femmes ont vite compris que les produits lissants et défrisants étaient bourrés de produits chimiques agressifs, et que le mauvais état de leurs cheveux crépus n’était pas dû au hasard. De plus en plus d’entre elles disent désormais stop à ce diktat de la mode et prennent les choses en main.

Dans la plupart des cas, c’est un « big shop » (qui signifie « la grande coupe ») qui lance le processus. En arborant une coupe afro assez discrète, pas trop volumineuse et facile à entretenir, ces femmes commencent une sorte de désintoxication du lissage. Petit à petit, elles se réapproprient leurs cheveux et apprennent à en prendre soin et à les coiffer. La tendance naturelle est alors lancée.

Le chemin est encore long pour déstigmatiser les cheveux afro naturels, et de nombreux coiffeurs ne savent toujours pas les manipuler et les soigner. Mais heureusement les mentalités avancent et peut-être que, très bientôt, même les stars oseront porter leurs cheveux crépus au naturel.